Ressources

Mécanismes

Comportements de sécurité : comprendre ce qui rassure et entretient parfois la peur

Relu par
Ael Ledru
·
Psychologue clinicienne spécialisée en TCC

·

4/8/2026

7
min de lecture

Vous ne sortez jamais sans votre bouteille d'eau, vous gardez votre téléphone bien en vue, vous répétez trois fois une phrase avant de la dire, ou vous demandez un dernier avis avant de vous lancer. Ces petits gestes vous rassurent, et sur le moment, ils marchent vraiment. Le souci, c'est qu'ils peuvent aussi, sans qu'on s'en rende compte, entretenir la peur qu'ils cherchent à calmer. C'est tout l'enjeu des comportements de sécurité.

Personne détendue debout dans une rame de métro, posture apaisée pendant le trajet

Qu'est-ce qu'un comportement de sécurité ? C'est un geste qu'on fait pour se sentir protégé·e dans une situation qui angoisse, tout en y restant : garder une bouteille d'eau, préparer ses phrases, demander un dernier avis. Il soulage aussitôt, mais il peut empêcher de découvrir que la situation était traversable sans lui.

À retenir

  • Un comportement de sécurité, c'est ce qu'on fait pour se protéger tout en restant dans la situation qui angoisse.
  • Un geste se juge à sa fonction : ce qu'il cherche à éviter à cet instant précis.
  • Le soulagement est immédiat, et c'est justement ce qui pousse à recommencer la fois suivante.
  • Ces protections empêchent souvent de constater que la situation aurait été tolérable autrement.
  • Repérer la fonction d'une protection, puis en lâcher une à la fois, permet de vérifier par l'expérience qu'on peut tenir sans elle.

La fonction du geste plutôt que son apparence

Échelle montrant qu'un même geste peut relever de la prudence, d'une aide ou d'une protection anxieuse

Un comportement de sécurité, c'est une action ou une stratégie qu'on met en place pour se sentir protégé·e dans une situation qui angoisse, tout en restant dans cette situation. La littérature anglophone parle de safety behaviors, littéralement « comportements de sécurité ». Ce n'est ni un trouble ni un diagnostic.

Ce qui compte n'est pas la forme du geste, mais ce qu'il cherche à éviter, ici et maintenant. Une même action peut être une prudence utile ou une protection anxieuse. Vérifier que la porte est bien fermée avant de partir, c'est raisonnable ; y revenir sans cesse parce que le doute revient, c'est autre chose. Ce qui tranche, ce n'est pas le nombre de vérifications, mais ce qu'elles servent à calmer.

Boucler sa ceinture, suivre une prescription, respecter une consigne face à un danger réel restent de vraies mesures de protection, pas des comportements de sécurité au sens qui nous intéresse ici. (Rien à voir non plus, au passage, avec la sécurité au travail ou la prévention professionnelle : on parle d'un mécanisme psychologique.)

En pratique, la frontière n'est pas toujours nette. Thwaites et Freeston ont montré qu'un comportement de sécurité et une stratégie d'adaptation utile sont parfois difficiles à départager, et que tout se joue sur l'intention de la personne et la fonction perçue du geste dans un contexte précis.1

Pourquoi le geste se répète

Si ces gestes reviennent, ce n'est pas par faiblesse ni par manque de volonté. Quand l'anxiété monte et que vous sortez, que vous serrez votre téléphone ou que vous préparez une excuse, la tension retombe presque aussitôt. Ce soulagement est réel et immédiat. Et c'est précisément ce qui pose problème : le cerveau enregistre que le geste a marché, puis le range dans la catégorie « à refaire dès que ça remonte ». Chaque répétition renforce l'automatisme un peu plus.

Cette logique rejoint celle de l'évitement, qui apaise sur le moment mais entretient l'anxiété à long terme. La différence tient à ceci : ici, vous restez dans la situation au lieu de la fuir. Vous affrontez le métro, la réunion ou la conversation, mais avec vos protections. En apparence, vous « faites face ». En réalité, vous ne faites face qu'à moitié.

Ce que ces gestes empêchent d'apprendre

C'est là que le mécanisme se referme. Imaginez que la situation redoutée se passe bien : pas de malaise dans le métro, une réunion qui se déroule sans catastrophe. Excellente nouvelle. Sauf que l'esprit tire souvent la mauvaise conclusion. Au lieu de se dire « Finalement, il ne s'est rien passé de grave », il se dit « Heureusement que j'avais ma bouteille d'eau, heureusement que j'étais près de la sortie ».

Le mérite revient à la protection, pas à la réalité. La croyance de départ (« cette situation est dangereuse, je ne pourrais pas la supporter sans aide ») n'est donc jamais mise à l'épreuve. Vous ne découvrez jamais que vous auriez tenu sans. Le geste protège sur le moment, et il empêche en même temps l'expérience qui vous apprendrait que la situation est traversable autrement.

Les études expérimentales le confirment. Une étude menée auprès de personnes souffrant de trouble panique avec agoraphobie a comparé deux groupes pendant une courte exposition : celles qui abandonnaient leurs protections voyaient ensuite leurs croyances catastrophiques et leur anxiété diminuer davantage que celles qui les gardaient.2 Ce sont souvent les protections elles-mêmes qui gardent la peur en vie.

« Ce que suggèrent les études scientifiques, c’est que le problème se situe au niveau de l’attribution de la réussite de l’exposition. Tant que le cerveau pense que l’exposition s’est bien passée grâce au comportement de sécurité, il ne va pas chercher à modifier son évaluation de la menace ou du danger. L’exposition risque alors d’être inefficace, et la peur de rester intacte, explique Fabien Dézèque, chercheur en sciences cognitives (PhD). »

Les formes discrètes des comportements de sécurité

Personne calme sur un banc de station, rangeant son téléphone sans tension

Chez Sana, beaucoup de personnes que nous accompagnons découvrent que leurs comportements de sécurité n'avaient rien de spectaculaire. L'une d'elles décrivait ses trajets en métro : jamais sans une bouteille d'eau, un chewing-gum, le téléphone chargé au maximum, et toujours un œil sur la prochaine station. Rien qui se voie de l'extérieur, mais chaque détail avait sa mission précise, tenir ou pouvoir fuir si le malaise revenait.

Ces détails invisibles comptent : un comportement de sécurité peut être discret. Il peut être relationnel (ne sortir qu'accompagné·e, garder un proche joignable) ; corporel ou postural (s'appuyer contre un mur, contrôler sa respiration, contracter les muscles) ; mental (réciter une phrase, se distraire, compter) ; lié à un objet (médicament dans la poche, écouteurs, objet fétiche) ; ou tourné vers la réassurance (demander « Tu es sûr que ça va aller ? », vérifier une dernière fois, chercher une confirmation sur Internet).

La même bouteille d'eau peut être une habitude pratique ou une bouée anti-angoisse : tout dépend de ce qu'elle sert à calmer chez vous. La réassurance mérite un mot à part. Demander à être rassuré·e une fois n'a rien de problématique. Mais quand le geste se répète, ce besoin d'être rassuré·e qui finit par nourrir le doute calme l'incertitude sur l'instant et rend celle d'après encore plus difficile à supporter.

Comportements de sécurité, anxiété sociale et panique

Ces protections ne se cantonnent pas à une situation isolée. On les retrouve dans de nombreuses formes d'anxiété au quotidien, avec deux terrains particulièrement étudiés : l'anxiété sociale et le trouble panique.

Dans l'anxiété sociale, les comportements de sécurité cherchent à éviter le faux pas social redouté : préparer chaque phrase, éviter les silences, cacher des mains qui tremblent, parler le moins possible. Le psychologue Stefan Hofmann a décrit comment ces gestes entretiennent l'anxiété malgré des situations qui se passent bien.3 Ils s'ajoutent souvent à l'attention tournée vers soi (se surveiller au lieu de suivre l'échange) et à la rumination qui suit l'événement.

Dans le trouble panique, les protections visent souvent à couper court à la montée d'anxiété : quitter un lieu dès que la tension grimpe, rester près d'une sortie, garder un médicament à portée de main. Un anxiolytique prescrit peut être utile sur une courte durée, mais il ne constitue pas le traitement de fond du trouble panique, et il ne faut pas l'arrêter de sa propre initiative : parlez-en avec le médecin qui l'a prescrit, qui organise si besoin une diminution progressive.

David (le prénom et certains détails ont été modifiés), 38 ans, fait partie des personnes que nous accompagnons chez Sana. Il vivait un trouble panique avec agoraphobie : des attaques de panique répétées, dont certaines inattendues, la peur d'en refaire, et l'appréhension des lieux clos et bondés, où il redoutait de ne pas pouvoir s'échapper rapidement si une crise revenait. Ses protections s'étaient accumulées : vérifier ses battements cardiaques sur sa montre connectée, ne jamais sortir sans bouteille d'eau, Rescue Fleur de Bach, téléphone et bonbons, repérer les portes de sortie dès qu'il se trouve dehors, examiner à l'avance dans le détail les lieux où il doit se rendre sur une carte en ligne, sortir accompagné dès qu'il se sent anxieux ou qu'il ne connaît pas l'endroit, faire des recherches sur Internet à chaque sensation corporelle qui lui paraît anormale, et se rendre aux urgences dès l'apparition de signes physiques d'anxiété. C'est la fonction de chacune de ces protections que nous l'aidons à repérer, pour relâcher pas à pas ce qui l'empêche de découvrir que ces situations peuvent être traversées sans elles.

Réduire les comportements de sécurité pas à pas

Personne marchant sereinement dans une rue animée, mains libres et posture confiante

L'idée n'est surtout pas de tout arracher d'un coup. Réduire une protection se travaille pas à pas : l'objectif n'est pas de se jeter dans une angoisse ingérable, mais d'apprendre que la situation peut être traversée autrement.

Tout commence par l'observation : quel geste, dans quelle situation, pour éviter quoi ? Nommer la fonction d'une protection, c'est déjà affaiblir son automatisme. Vient ensuite la réduction graduelle : on lâche une protection à la fois, d'abord sur des situations modérées et peu risquées. C'est la logique des expériences comportementales, où l'on teste une situation en observant ce qui se passe vraiment, et de l'exposition menée par étapes plutôt que d'un bloc. Vous vérifiez alors par l'expérience, et non par la pensée, que vous pouvez tenir sans la béquille.

Une nuance mérite d'être posée. Rejeter en bloc toute protection est trop schématique : les travaux de Rachman et de ses collègues montrent qu'un usage mesuré, surtout en début de démarche, peut parfois aider à s'engager dans le travail.4 La place exacte des comportements de sécurité pendant l'exposition reste d'ailleurs débattue. C'est justement pourquoi on avance par paliers, à un rythme tenable.

Quand repérer ne suffit pas, ou que réduire une protection réveille trop d'anxiété pour avancer sans aide, un accompagnement peut structurer cette progression. C'est ce que propose Sana : un programme en ligne personnalisé, avec un accompagnement humain bien réel (séances collectives et accompagnement individuel), ancré dans les Thérapies Cognitives et Comportementales processuelles. La logique est de repérer d'abord le processus en jeu, ici la fonction de la protection et l'apprentissage qu'elle empêche, plutôt que d'appliquer le même protocole à tout le monde.

Rien de tout cela ne se joue en un jour. Mais chaque protection qu'on ose lâcher, même petite, est une occasion d'apprendre quelque chose que la peur vous cachait : que vous pouvez traverser la situation par vous-même.

Précautions / quand consulter

Voir un médecin en priorité

Consultez rapidement si l’anxiété s’accompagne de symptômes physiques nouveaux, intenses ou inhabituels, comme une douleur thoracique, un malaise, une perte de connaissance, une gêne respiratoire importante ou un trouble neurologique.

Consulter un psychologue

Un accompagnement peut aider si les comportements de sécurité prennent beaucoup de place, entretiennent l’évitement, limitent le travail, les études, les sorties ou rendent difficile de faire face sans la présence d’autrui.

En cas d’urgence

Si vous avez des idées suicidaires, un risque de passage à l’acte, des automutilations ou le sentiment de ne plus pouvoir rester en sécurité, appelez le 3114, gratuit et disponible 24h/24 ; pour une urgence vitale, appelez le 15.

Un premier échange peut aider à y voir plus clair

Prendre rendez-vous

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un comportement de sécurité dans l'anxiété ?

C'est une stratégie destinée à se rassurer face à l'anxiété, parfois décrite comme un évitement subtil ou une attitude de protection. Thwaites et Freeston soulignent que ce qui définit ces comportements n'est pas leur apparence, mais le type de catastrophe qu'ils cherchent à éviter dans une situation donnée.

Quels sont les types de comportements de sécurité les plus fréquents ?

Les vérifications répétées reviennent souvent : relire une consigne plusieurs fois, appeler un proche pour s'assurer qu'il va bien, contrôler longuement son apparence avant de sortir. Dans le trouble panique, quitter un lieu dès que l'anxiété monte est fréquent. Dans les phobies, faire vérifier l'absence du déclencheur redouté.

Quelle différence entre comportement de sécurité, évitement et comportement de réassurance ?

Thwaites et Freeston rangent l'évitement direct, la fuite et l'évitement subtil parmi les formes de comportements de sécurité : ce sont donc des variantes d'une même famille. L'évitement met la situation à distance, la réassurance cherche une confirmation extérieure ; dans les deux cas, la fonction reste de neutraliser une catastrophe redoutée.

Faut-il supprimer tous ses comportements de sécurité ?

Rachman, Radomsky et Shafran estiment qu'un rejet systématique mérite d'être reconsidéré : certains usages judicieux peuvent faciliter le travail thérapeutique, surtout au début. Ces auteurs rappellent aussi que de nombreuses données montrent une interférence avec les progrès, en particulier quand une exposition est en jeu.

Les comportements de sécurité ont-ils un lien avec la sécurité au travail ?

Non. L'expression désigne ici un mécanisme psychologique décrit dans les troubles anxieux : des gestes de protection face à une peur. Elle n'a aucun rapport avec la prévention des risques professionnels, les équipements de protection ou les règles de sécurité en entreprise, qui relèvent d'un tout autre domaine.

Ce contenu est à visée éducative et ne remplace pas un avis médical ou psychologique personnalisé. En cas de doute sur ce que vous vivez, en parler à un professionnel peut aider.

Commencer

Réduire durablement son anxiété

Tout commence par une première évaluation. Nous vous proposerons ensuite un programme personnalisé pour mieux comprendre et désactiver vos mécanismes anxieux, avec des outils concrets et un accompagnement sur 12 semaines – satisfait ou remboursé.