Vous êtes en train de faire quelque chose et une préoccupation s'invite. Vous vous dites que vous allez y réfléchir deux minutes, et un quart d'heure plus tard, vous y êtes encore. Le worry time, ou temps d'inquiétude, propose le geste inverse : au lieu d'examiner chaque préoccupation à la seconde où elle arrive, vous lui donnez rendez-vous plus tard, à une heure que vous avez fixée. Au fil des essais, vous apprenez surtout à choisir le moment où vous ouvrez le dossier.
À retenir
Le worry time consiste à donner rendez-vous à ses inquiétudes : au lieu d'y réfléchir sur le moment, vous notez le thème et vous reprenez ce que vous faisiez.
Le geste vous rend une journée moins hachée. Vous choisissez quand vous ouvrez le dossier, plutôt que de le subir à chaque pensée qui passe.
Préparer à l'avance une phrase du type « si une inquiétude arrive, je la note et je reprends » aide à réduire le temps passé à s'inquiéter.
Pendant le créneau, on ne reprend que les préoccupations encore vives : un problème concret appelle un plan précis, un scénario incertain se referme sans approfondir.
Le report ne concerne pas ce qui demande une action tout de suite, comme une facture à payer le soir même ou un symptôme qui inquiète.
Contre-indications / sécurité
Voir un médecin en priorité
Demandez un avis médical si un symptôme physique nouveau, intense ou qui s’aggrave apparaît, et ne reportez jamais une démarche de sécurité ou une action concrète nécessaire.
Consulter un psychologue
Consultez si vos inquiétudes persistent, deviennent difficiles à contrôler ou perturbent votre sommeil, votre travail, vos relations ou vos activités ; commencez par des sujets mineurs et interrompez l’exercice s’il accentue fortement la détresse, prolonge la rumination ou empêche le retour à vos activités.
En cas d’urgence
En cas d’idées suicidaires ou de danger immédiat, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24 ; pour une urgence vitale, appelez le 15.
À qui s'adresse le temps d'inquiétude
L'exercice s'adresse à vous si vos journées sont régulièrement coupées par des pensées qui tournent en boucle : le mail qu'on relit dix fois dans sa tête, le scénario qui se déroule tout seul pendant les trajets, la phrase d'hier soir qu'on rejoue. Ces pensées ne regardent pas toutes dans la même direction : la rumination revient sur ce qui s'est passé, tandis que l'inquiétude anticipe des menaces qui ne sont pas encore là. Le report se pratique dans les deux cas.
Son objectif n'est pas de faire taire les pensées : il porte sur ce que vous en faites au moment où elles arrivent. Dans les Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) centrées sur les processus, ce report est décrit comme un entraînement du contrôle de l'attention. Vous apprenez, avec de la pratique, à revenir à ce que vous étiez en train de faire plutôt qu'à dérouler la préoccupation sur-le-champ. C'est une compétence qui se travaille, pas un interrupteur.
Cet effet a été mesuré. Un essai randomisé mené auprès de personnes dont l'inquiétude permanente se déplace d'un sujet à l'autre a observé une baisse des scores d'inquiétude après un travail de report présenté comme une expérience autour d'une question précise : est-ce que je peux laisser passer une inquiétude maintenant et choisir d'y revenir plus tard ?1 L'échantillon était réduit, et les résultats moins nets chez les personnes dont les préoccupations portaient sur leur santé. Le report est donc un outil à combiner avec d'autres, pas un exercice qui règle à lui seul une anxiété installée.
Une réserve pratique, avant de commencer : tout ne se reporte pas. Une facture qui arrive à échéance ce soir, un symptôme qui vous inquiète, un message qu'il faut envoyer avant la fin de la journée demandent une action, pas un rendez-vous. Le report est fait pour les pensées qui tournent en boucle sans avancer, jamais pour retarder une démarche que vous pouvez raisonnablement faire tout de suite.
Le mode d'emploi du temps d'inquiétude, étape par étape
Fixez le créneau à l'avance. Une heure de début, une heure de fin, le même moment d'un jour sur l'autre. Prévoyez juste après une activité qui vous occupe vraiment : préparer le repas, sortir, appeler quelqu'un.
Préparez votre phrase de report avant d'en avoir besoin. Une formule du type « Si une inquiétude arrive maintenant, alors je la note et je reprends ce que je faisais » aide à réduire le temps passé à s'inquiéter. Un essai récent a comparé le report seul à un report préparé de cette façon : les personnes qui avaient prévu quand et comment reporter passaient moins de temps par jour à s'inquiéter.2 Le même essai n'a pas montré d'effet sur le sommeil.
Notez le thème et le déclencheur, rien de plus. Une ligne, sur un carnet ou dans une note du téléphone. « Entretien annuel, déclencheur : mail du manager. » Vous archivez, vous n'analysez pas.
Revenez à la prochaine action concrète. Pas à « ma journée », mais au geste suivant : la phrase que j'écrivais, la casserole que je remplissais. Plus l'action est petite et visible, plus l'attention a un endroit où se poser.
Au créneau, reprenez votre liste. Relisez les entrées et occupez-vous de celles qui pèsent encore.
Arrêtez à l'heure prévue et enchaînez avec l'activité que vous avez prévue. Ce qui apparaît après repart dans la liste du lendemain.
Dans les programmes Sana, les personnes accompagnées qui essaient ce report racontent souvent la même chose : arrivées au créneau, elles relisent leur liste et la moitié des sujets a déjà perdu son importance.
Ce dégonflement fait partie du geste. Le Centre for Clinical Interventions d'Australie-Occidentale conseille d'ailleurs de ne reprendre, pendant la plage, que les préoccupations du jour qui restent vives, et d'en faire quelque chose de précis : chercher une solution, les écrire, ou ramener son attention sur le moment présent.3
Un exemple déroulé
Dix heures vingt, en réunion. La pensée arrive : « Et si l'entretien annuel se passe mal ? » Vous notez « Entretien annuel, mail du manager », vous revenez à la diapositive en cours. Dans l'après-midi, une deuxième entrée s'ajoute : « Facture d'électricité pas payée ».
Dix-huit heures trente, votre créneau d'inquiétude s'ouvre. Vous avez deux lignes à trier. Selon le service public de santé britannique (NHS), deux cas de figure se traitent différemment. Devant un problème actuel sur lequel une action est possible, on écrit un plan : quoi, quand, comment. Devant un scénario futur incertain sur lequel rien n'est faisable maintenant, on arrête de chercher une solution et on ramène volontairement son attention vers une activité du présent.4
La facture tombe dans le premier cas : « Demain, huit heures quarante-cinq, paiement depuis l'application ». C'est réglé, la ligne est barrée. L'entretien tombe dans le second : la date n'est pas fixée, vous ne savez pas ce qui sera dit, et aucune préparation ne peut se faire ce soir. Là, chaque minute de plus fabrique des hypothèses sans jamais lever l'incertitude qui les alimente. Vous fermez le carnet à l'heure dite et vous passez à la cuisine.
Les pièges les plus fréquents
Le premier piège, c'est la pensée qui insiste avant l'heure. Vous notez, elle revient, vous notez encore. Ce n'est pas un échec du report : c'est l'exercice lui-même, et il consiste à refaire le même petit geste, calmement, autant de fois que nécessaire. Rien à négocier avec la pensée, rien à lui prouver.
Le deuxième, c'est la note qui grossit. On commence par un thème, on ajoute un contexte, et on se retrouve à écrire trois paragraphes d'analyse en pleine journée. Le report a disparu. Si ça vous arrive, réduisez le support : une ligne par entrée, pas de place pour développer.
Le troisième, c'est la plage qui déborde. Un minuteur et une activité prévue juste après aident à s'arrêter à l'heure, bien plus qu'une bonne résolution. L'inverse arrive aussi : vous ouvrez le créneau et aucune inquiétude notée ne vous semble encore importante. Rien ne vous oblige à remplir la plage. Vous relisez les notes et vous refermez le carnet.
Débuter et suivre sa progression
Commencez par des sujets que vous supportez de laisser en attente : l'organisation du week-end, une conversation à préparer, une tâche en retard. Les préoccupations les plus chargées demandent plus de marge, et souvent un cadre accompagné. Vous pouvez essayer chaque jour pendant une semaine, le temps de voir ce que ça donne.
Pour juger de l'utilité, regardez des repères concrets plutôt qu'une impression générale. Combien de reports vous avez réellement réussi à faire. Avec quelle facilité vous êtes revenu à ce que vous faisiez. Combien d'entrées vous semblaient encore importantes au moment du créneau. Combien ont abouti à une action précise, avec un quand et un comment. Ces quatre repères disent bien plus que la question « Est-ce que je m'inquiète moins ? ».
S'ils stagnent, ajustez un paramètre à la fois : l'horaire, le support, la longueur des notes. À force, le geste finit par être disponible au bon moment. La préoccupation arrive, vous savez quoi en faire, et votre journée reprend là où elle s'était arrêtée.
Laurence, 42 ans (le prénom et certains détails ont été modifiés), fait partie des personnes que nous accompagnons. Elle vivait avec un trouble anxieux généralisé et un épuisement professionnel, et décrivait des pensées négatives persistantes dont elle avait beaucoup de mal à se détacher. Avec notre accompagnement, elle a installé chaque soir un « quart d'heure pour s'inquiéter » ; le reste de la journée, elle notait ses inquiétudes sur son téléphone, puis se mettait rapidement en mouvement, boire un verre d'eau, faire quelques pas, pour ramener son attention vers ce qu'elle était en train de faire. Ce travail sur le processus lui a permis de mieux comprendre ses inquiétudes : elle a repéré des thèmes récurrents et constaté que chercher à les éviter ne faisait que les aggraver. Relues à tête reposée, la plupart lui paraissaient de faible importance. En s'inquiétant à des moments choisis, sans que cela vienne couper son quotidien, elle a pu passer à de la résolution de problème concrète plutôt que de rester dans des boucles de pensées abstraites.
Aucune durée universelle n'est établie. Le repère utile est la stabilité : le Centre for Clinical Interventions d'Australie-Occidentale propose une plage définie, au même moment, au même endroit et d'une durée constante d'un jour sur l'autre. Un quart d'heure suffit souvent, à condition de s'arrêter à l'heure prévue.
À quel moment de la journée prévoir sa plage d'inquiétude ?
Le moment importe moins que sa régularité : le même horaire chaque jour, dans le même endroit. Choisissez un créneau suivi d'une activité qui vous occupe vraiment, ce qui aide à refermer. À noter : dans un essai récent, le report des inquiétudes n'a pas amélioré l'endormissement ni la qualité du sommeil.
Que faire si une inquiétude revient avant le créneau prévu ?
Vous refaites le même geste : noter brièvement le thème et le déclencheur, puis ramener votre attention vers le moment présent et l'activité en cours. Pas de discussion avec la pensée. Dans les approches centrées sur les processus, ce va-et-vient est précisément l'entraînement : la répétition renforce la capacité à revenir à sa tâche.
Que faire si le worry time ne fonctionne pas ou augmente l'inquiétude ?
Reporter demande de la pratique avant de devenir familier. Commencez par des préoccupations mineures avant les sujets lourds, et ajustez un paramètre à la fois : horaire, support, longueur des notes. Si l'inquiétude reste envahissante et pèse sur votre quotidien, un professionnel peut vous aider à y voir clair.
Ce contenu est à visée éducative et ne remplace pas un avis médical ou psychologique personnalisé. En cas de doute sur ce que vous vivez, en parler à un professionnel peut aider.
Commencer
Réduire durablement son anxiété
Tout commence par une première évaluation. Nous vous proposerons ensuite un programme personnalisé pour mieux comprendre et désactiver vos mécanismes anxieux, avec des outils concrets et un accompagnement sur 12 semaines – satisfait ou remboursé.