Être accompagné·e pour sortir, garder son téléphone à portée, pouvoir appeler quelqu'un « au cas où » : ces appuis soulagent vraiment quand l'angoisse monte. Et pourtant, dans l'agoraphobie, ils peuvent finir par entretenir la peur qu'ils sont censés apaiser. Reste à comprendre pourquoi, et à faire la part des choses sans se culpabiliser.
À retenir
Dans l'agoraphobie, la peur porte surtout sur l'idée de ne pas pouvoir sortir ou obtenir de l'aide si l'angoisse monte.
Être accompagné·e ou garder son téléphone soulage sur le moment, mais peut faire attribuer la réussite au filet plutôt qu'à vos propres ressources.
Une expérience clinique auprès de personnes souffrant de trouble panique avec agoraphobie a montré que renoncer à ces appuis pendant une courte exposition faisait davantage baisser les croyances catastrophiques.
Ce qui compte, c'est la fonction de l'appui : il reste utile s'il vous aide à retourner dans une situation évitée, il devient un piège quand il devient la condition pour sortir.
Desserrer un seul appui à la fois, dans une situation gérable, permet de découvrir que vous tenez davantage que prévu.
La peur de ne pas pouvoir partir ni obtenir de l'aide
La réponse tient en une idée simple. Être accompagné·e, garder son portable allumé ou pouvoir appeler quelqu'un fait retomber la tension tout de suite. Mais ce soulagement empêche souvent d'apprendre la chose la plus utile : que vous auriez pu traverser la situation même sans ce filet.
Pour comprendre pourquoi, il faut voir où se loge la peur. Dans l'agoraphobie, elle porte sur l'idée de s'y retrouver sans pouvoir partir ni obtenir de l'aide.1 C'est pourquoi ces situations sont souvent évitées, ou seulement affrontées avec quelqu'un à ses côtés.
C'est exactement là qu'intervient la réassurance. Le proche qui attend sur le parking, le portable dans la poche, le trajet de secours repéré à l'avance : tous répondent à la même crainte, « Et si je ne pouvais pas m'en sortir seul·e ? ». Ce sont des réponses logiques à une peur réelle. Ce qui compte, c'est ce qu'elles finissent par vous apprendre sur vous-même. C'est aussi le moteur de la boucle d'évitement au cœur de l'agoraphobie.
Le soulagement immédiat et ce qu'il empêche d'apprendre
Imaginez : vous entrez dans un magasin bondé avec votre partenaire à côté, et rien de catastrophique n'arrive. Votre cerveau tire une conclusion. Mais laquelle ? Rarement « J'ai réussi à rester malgré l'angoisse ». Plutôt « J'ai tenu parce qu'il était là ». La sécurité prend le crédit de la réussite.
C'est le cœur du mécanisme. Une expérience clinique menée par Paul Salkovskis et ses collègues, auprès de personnes souffrant de trouble panique avec agoraphobie, l'a bien montré. Celles qui, pendant une courte exposition, renonçaient à leurs comportements de sécurité voyaient leurs croyances catastrophiques baisser nettement plus que celles qui les gardaient.2 Autrement dit, garder le filet réduit la possibilité de découvrir que la catastrophe redoutée n'arrive pas, ou qu'elle reste supportable.
Ces gestes rendent la situation plus tolérable sur le moment, et c'est bien ce qui les rend difficiles à lâcher. Chaque appel qui apaise, chaque présence qui rassure renforce le réflexe.
Demander de l'aide n'est pas un problème en soi
Parmi les personnes que nous accompagnons chez Sana, une scène revient souvent : aller au supermarché reste possible, mais à la seule condition que le partenaire attende sur le parking, téléphone allumé. Le jour où il n'est pas disponible, la sortie devient tout simplement impossible.
Cette scène dit quelque chose d'important. Ce n'est pas le supermarché qui bloque, c'est l'absence du filet. Demander cette présence est une tentative bien compréhensible de rendre une peur intense plus supportable. La lecture culpabilisante n'aide personne, ni vous, ni vos proches.
Le critère utile, c'est donc la fonction de cet appui : ce qu'il vous permet d'apprendre pendant la situation. Une revue de Rachman et de ses collègues rappelle qu'un comportement de sécurité n'empêche pas toujours de faire une expérience corrective.3 Un même geste peut aider à franchir un premier pas, ou verrouiller l'évitement pour longtemps.
Pour vous repérer, deux questions valent mieux qu'une règle. Cet appui vous aide-t-il à avancer vers une situation que vous évitiez ? Ou est-il devenu la condition sans laquelle vous ne sortez plus du tout ?
Clémence, 29 ans (le prénom et certains détails ont été modifiés), fait partie des personnes que nous accompagnons. Elle vivait avec la peur de faire un malaise dans les lieux clos, dans la foule, ou dès qu'elle s'éloignait de son domicile. Peu à peu, elle n'est plus sortie qu'en présence de son conjoint, pour les courses comme pour ses rendez-vous médicaux. Sortir seule lui était devenu inimaginable. Et cette organisation nourrissait son anxiété sur la durée, tout en abîmant l'estime qu'elle avait d'elle-même. Notre accompagnement cible précisément cette fonction de sécurité prise par la présence du conjoint : travailler l'évitement et les pensées catastrophiques, et retrouver pas à pas des sorties plus autonomes.
Repérer ses appuis de sécurité et les desserrer progressivement
Il ne s'agit pas de tout couper d'un coup, ni de vous lancer sans aucun filet dans les situations les plus difficiles. Aucune règle du type « zéro réassurance » ne tient. L'enjeu est plus fin : repérer un appui précis, puis voir si vous pouvez le desserrer un peu, pour apprendre quelque chose de neuf.
Concrètement, on choisit une situation gérable et on modifie un seul élément à la fois. Le proche attend un peu plus loin. Le téléphone reste au fond du sac au lieu d'être serré dans la main. L'objectif est d'observer ce que vous découvrez : le plus souvent, que vous tenez davantage que prévu. C'est la logique d'une exposition graduée, pensée pour apprendre pas à pas.
Les proches ont toute leur place dans ce mouvement. Le rôle le plus aidant consiste à accompagner un pas d'autonomie, puis à s'effacer un peu à mesure que la confiance revient, au rythme de ce que vous découvrez.
Quels sont les comportements liés à l'agoraphobie ?
Selon l'Organisation mondiale de la Santé, l'agoraphobie s'accompagne d'un évitement actif des situations vécues comme difficiles à quitter ou dans lesquelles l'aide paraît difficile à obtenir. S'y ajoutent souvent des comportements dits de sécurité : sortir accompagné·e, rester près d'une issue, repérer un trajet de repli.
Qu'est-ce que le trouble panique avec agoraphobie ?
L'expression désigne la coexistence d'un trouble panique et d'une agoraphobie, aujourd'hui considérés comme deux diagnostics distincts. Elle reste employée dans la littérature scientifique : l'expérience clinique de Paul Salkovskis et ses collègues sur les comportements de sécurité portait précisément sur des personnes concernées par cette association.
Comment savoir si ma recherche de réassurance devient un problème ?
La revue de Rachman et ses collègues invite à regarder la fonction de l'appui plutôt que sa simple présence : utilisé avec discernement, notamment au début d'un travail thérapeutique, il peut faciliter l'entrée dans les situations redoutées. Le signal d'alerte, c'est quand il devient indispensable à chaque sortie.
Sources
CIM-11, Classification internationale des maladies — 6B02 « Agoraphobie », Organisation mondiale de la Santé — fiche officielle CIM-11
Ce contenu est à visée éducative et ne remplace pas un avis médical ou psychologique personnalisé. En cas de doute sur ce que vous vivez, en parler à un professionnel peut aider.
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